l’hôtel du phare

 

Belle-Île a deux visages. Le premier sourit au continent avec ses côtes basses et ses plages dorées aux postures méditerranéennes, le second gémit sous les tempêtes venues de l’océan. Ici, la côte est vertigineuse, sauvage, déchiquetée, rase et nue. A la pointe nord, le petit port de Sauzon ramassé sur le flanc d’une longue ria s’invite dans les terres ; à l’entrée une digue, un phare, un hôtel. C’est là qu’ont toujours vécu Louis et toute sa famille.
Il a dix ans quand sa grand-mère meurt. Elle dirigeait sans partage l’Hôtel depuis trente ans. Mais au port, personne ne s’inquiète. Marthe, la mère de Louis, lui succédera avec la même poigne, tandis que son père, André, discret et taciturne, continuera d’y tenir les cuisines comme Louis s’imagine qu’il l’a toujours fait.
Avec ce premier décès, c’est tout le bel édifice familial qui commence à se fendiller.
Louis pressent alors un monde parallèle qui s’ouvre, infini et trouble, où les adultes jouent avec la réalité, quitte à en reconstruire une autre en trompe-l’œil pour créer un monde de théâtre. Les fantômes se succèdent, plus inattendus les uns que les autres.
Une succession de faux-semblants qui entraînera Louis, au rythme des deuils, très loin de son enfance.